Jean-Baptiste Satchivi : la révolution tranquille L’événement mérite que l’on s’y arrête. Un Béninois, Jean-Baptiste Satchivi, à travers les activités de sa Société, Agrisatch, impulse une vraie révolution économique et sociale. Il passe désormais de la distribution de produits congelés importés à la production sur place d’œufs frais, de viande de volaille et d’aliments pour volaille, dans le cadre d’un complexe industriel ultra moderne situé à Tori Bossito. La mutation pourrait paraître insignifiante et finalement sans effets notables pour ceux qui n’auront pas les références nécessaires pour en juger en toute connaissance de cause. Le passage de l’option « importation » à l’option « production » induit, à tout point de vue, un changement qualitatif. En attendant la phase d’exportation de produits « made in Benin ». Dans un pays assimilé à un « Etat entrepôt », du fait de la prépondérance, dans son économie, des activités d’import-export, l’expérience d’Agrisatch, pionnière à tous égards, ouvre une voie d’action et de réalisation. Tant il est vrai que le secteur tertiaire de notre pays a grand besoin, pour se renouveler et pour se développer, d’une initiative forte et novatrice qui l’aide à opérer une rupture radicale et à passer un cap décisif. Il s’agit d’allier l’économiquement attractif d’un pôle créateur de richesse à la puissance de traction d’une entreprise locomotive qui, sous l’angle de l’innovation, fait tout bouger à sa suite.
Voilà les deux tableaux sur lesquels Jean-Baptiste Satchivi prend des marques nouvelles et se démarque par rapport au paysage actuel de notre secteur tertiaire. Economiquement parlant, par rapport à ses précédentes activités, à savoir la distribution de produits congelés importés, Jean-Baptiste Satchivi, en faisant l’option de produire sur place, rapatrie, chez lui, dans son pays, une partie du pouvoir économique qu’il a jusque là concédé à des partenaires extérieurs. Aujourd’hui, il prend des galons et en fait prendre à son pays.
Dans le précédent schéma, en effet, Jean-Baptiste Satchivi s’obligeait à mobiliser des devises pour avoir accès à des biens qu’il ne produisait pas ou qu’il ne savait pas produire. Jean-Baptiste Satchivi participait ainsi à faire tourner la chaîne de production des autres, à maintenir et à créer, chez les autres, des emplois, à renouveler l’outil de travail des autres. Il se faisait investisseur indirect pour le développement et la modernisation de l’entreprise des autres.
Suprême méprise : cela revient à subventionner l’économie d’un pays riche par un opérateur d’un pays pauvre. Pour ne prendre que l’exemple du poisson congelé importé, nous avons investi, depuis des années, des millions, voire des milliards de nos francs dans cette activité à l’extérieur, sans que rien ne bouge à l’intérieur, chez nous : ni aménagement de bassins modernes piscicoles, aucun emploi créé, rien pour donner au poisson une valeur ajoutée dans l’économie nationale, rien pour valoriser le savoir et le savoir faire d’un seul Béninois.
Avec et par l’option « production », la donne change. Désormais, c’est, ici, chez nous, que cela se passe. Le Complexe industriel avicole de Tori Bossito se situe bien au Bénin. L’investissement consenti, 3 milliards de francs CFA, pour le porter d’une idée à un rêve accompli, profitera plus au Bénin et aux Béninois qu’à toutes autres personnes.
Ce complexe industriel s’ordonne, par ailleurs comme un gisement d’emplois directs et indirects dont les Béninois sont les premiers bénéficiaires. Déjà 400 emplois créés. En même temps que ce complexe renforce le tissu économique national, en créant la richesse sur place, il donne avantageusement à manger aux Béninois sous l’angle du rapport qualité/prix.
Le passage de l’option « importation » à l’option « production », en attendant l’option « exportation » de produits béninois, constitue un élément d’une valeur incomparable par rapport à l’espace humain et naturel qui accueille l’expérience d’Agrisatch. Tori Bossito et environs, dans une histoire d’amour et de raison, en recueilleront les heureuses retombées, prenant leur part du reliquat d’une opération à fort impact socioéconomique.
De plus, Agrisatch renouvelle l’activité avicole chez nous, en déployant une technologie de pointe axée essentiellement sur une production de qualité. Quand change le rythme du tam-tam, changent tout aussitôt les pas de danse. C’est en cela que cette expérience aura un effet d’entraînement sur le secteur concerné et s’affirmera comme un pôle d’excellence. Reste que la puissance publique doit jouer, à présent, sa partition. Tout soutien, tout accompagnement de l’Etat à Agrisatch revient à promouvoir plusieurs Jean-Baptiste Satchivi. Et plus il y en aura, mieux cela vaudra. On ne construira pas autrement le Bénin, notre pays.